Mieux intégrer les énergies renouvelables, limiter les congestions du réseau et créer de nouvelles opportunités économiques : c’est l’ambition du projet SCOPE, soutenu par le Pôle MecaTech.

Une initiative qui pourrait transformer la manière dont l’électricité est consommée, produite et valorisée à l’échelle locale.

Écosystème
  • Énergie durable
Critères de succès
  • Innovation dans la durée
  • Innovation de rupture

La transition énergétique est aujourd’hui confrontée à un paradoxe. Jamais la production d’électricité renouvelable n’a été aussi importante, et pourtant, il arrive régulièrement que certaines installations doivent réduire leur production faute de capacité disponible sur le réseau. Dans le même temps, de nouveaux consommateurs (bornes de recharge rapide, batteries, industries ou infrastructures publiques) peinent parfois à obtenir les raccordements nécessaires pour développer leurs activités.

Face à cette réalité, le projet SCOPE propose une approche innovante fondée sur un principe simple : mieux coordonner les acteurs locaux afin d’utiliser plus efficacement les capacités déjà disponibles sur le réseau électrique.

Transformer une contrainte en opportunité

Coordonné par ORES, gestionnaire du réseau de distribution de gaz et d’électricité sur près de 75 % du territoire wallon, SCOPE réunit également Haulogy, CE+T, OakTree Power, l’Université libre de Bruxelles (BEAMS-ELEN) et l’Université de Liège (Montefiore).

Le constat à l’origine du projet est partagé par l’ensemble des partenaires : les infrastructures électriques sont de plus en plus sollicitées. L’électrification des usages progresse rapidement, tandis que les capacités physiques du réseau ne peuvent être étendues au même rythme.

« Le réseau est de plus en plus soumis à des limites physiques et à des contraintes. La demande d’énergie comme la production augmentent de manière presque exponentielle, mais les câbles, eux, ne savent pas grandir au même rythme », explique Thomas Buisseret, coordinateur Innovation chez ORES et coordinateur du projet SCOPE.

Pour autant, ces contraintes ne signifient pas nécessairement qu’il faille construire partout de nouvelles infrastructures. De nombreuses capacités restent en effet sous-utilisées à certains moments de la journée. C’est précisément cette flexibilité que SCOPE souhaite valoriser.

Un marché local de la flexibilité

L’innovation centrale du projet repose sur la création d’un marché secondaire de la flexibilité énergétique.

Aujourd’hui, lorsqu’une congestion menace le réseau, le gestionnaire peut demander à certains utilisateurs de réduire leur consommation ou leur production. Cette flexibilité est généralement rémunérée directement par le gestionnaire du réseau.

SCOPE va plus loin en imaginant un système où les acteurs concernés pourraient collaborer directement entre eux.

Prenons un exemple concret. Un parc éolien reçoit l’ordre de diminuer temporairement sa production pour éviter une surcharge locale. Grâce à la plateforme développée dans le cadre du projet, il pourrait proposer son surplus d’électricité à une industrie voisine capable d’augmenter momentanément sa consommation. Le réseau reste équilibré, l’électricité renouvelable continue à être valorisée et l’ensemble des acteurs y trouve un bénéfice.

« L’idée est d’organiser un espace où les différents acteurs peuvent interagir et optimiser les contraintes du réseau entre eux », résume Thomas Buisseret.

Cette logique fonctionne également dans l’autre sens : une entreprise invitée à réduire temporairement sa consommation pourrait s’appuyer sur un système de batteries voisin pour compenser ses besoins énergétiques.

L’objectif est double : éviter les limitations inutiles de production renouvelable et permettre à davantage d’utilisateurs d’accéder aux capacités du réseau.

Une innovation à la fois économique et technologique

Le caractère innovant de SCOPE se situe à plusieurs niveaux.

D’abord, sur le plan du marché de l’énergie. Le concept de marché secondaire de la flexibilité reste encore largement émergent en Europe. Il introduit une nouvelle manière de gérer localement les congestions en impliquant directement les acteurs concernés.

Ensuite, sur le plan technologique.

Pour que ces échanges puissent avoir lieu en temps réel, il est nécessaire de développer des outils numériques capables d’identifier les besoins, de mettre en relation les participants, de vérifier la faisabilité technique des échanges et d’assurer leur valorisation économique.

« Tout cela doit se faire de manière très automatisée. Il faut pouvoir gérer à la fois les flux d’énergie, les contraintes du réseau et les mécanismes de rémunération sur une même plateforme », souligne Thomas Buisseret.

Les délais de réaction constituent un défi majeur. Certaines contraintes réseau doivent être gérées en quelques minutes seulement. L’ensemble des processus devra donc être suffisamment intelligent et automatisé pour garantir à la fois rapidité, efficacité et sécurité.

Un consortium complémentaire au service de l’innovation

La force du projet SCOPE réside également dans la complémentarité de ses partenaires.

ORES assure la coordination générale du projet et apporte son expertise en tant que gestionnaire du réseau de distribution.

L’ULiège contribue à la définition des mécanismes économiques et des règles du marché de flexibilité. L’ULB travaille quant à elle sur les aspects liés à la sécurité du réseau et à l’évaluation des impacts techniques des échanges.

Haulogy développera la plateforme numérique qui constituera le cœur opérationnel du système.

CE+T Power et OakTree Power apporteront leur expertise dans le domaine de la flexibilité énergétique, des systèmes de stockage et du pilotage d’actifs capables de réagir rapidement aux signaux du réseau.

Le Pôle MecaTech joue, pour sa part, un rôle essentiel d’accompagnement, de structuration et de mise en réseau. Et Thomas Buisseret de souligner encore que « le Pôle a contribué à réunir les partenaires autour d’une vision commune et accompagne le consortium dans le pilotage du projet ainsi que dans la valorisation future de ses résultats. »

Des bénéfices concrets pour la Wallonie

Au-delà de la recherche et du développement, SCOPE vise des retombées tangibles pour le territoire wallon.

Le projet devrait permettre une meilleure intégration des énergies renouvelables dans le système électrique, une réduction des pertes liées aux limitations de production ainsi qu’une utilisation plus efficace des infrastructures existantes.

Les impacts économiques annoncés sont également significatifs, avec la création estimée de 61 emplois et le développement de nouvelles compétences dans des domaines à forte valeur ajoutée.

Mais l’enjeu dépasse la seule question économique.

« Le fait que l’on puisse intégrer davantage d’énergie renouvelable produite localement nous rend moins dépendants des énergies fossiles et renforce notre souveraineté énergétique », rappelle Thomas Buisseret.

Dans un contexte où les besoins énergétiques continuent d’augmenter, cette capacité à optimiser les ressources locales apparaît comme un levier stratégique pour l’avenir.

Construire le réseau intelligent de demain

Lancé officiellement au printemps 2026, le projet s’étendra sur trois ans.

La première phase sera consacrée à la définition des modèles théoriques, aux simulations et à l’identification de sites pilotes. La seconde portera sur le développement des démonstrateurs et l’évaluation de leurs performances en conditions réelles.

Pour les partenaires, l’ambition va bien au-delà de la résolution ponctuelle de problèmes de congestion.

« Nous espérons démontrer que les utilisateurs du réseau ne doivent plus être considérés comme des entités isolées, mais comme les éléments d’un système énergétique collaboratif », explique Thomas Buisseret. « Il n’y a pas de secret ni de solution miracle : si nous voulons réussir la transition énergétique, nous devons continuer à investir dans des infrastructures robustes et modernisées. Des initiatives comme SCOPE sont complémentaires à ces investissements. Elles permettent d’optimiser l’utilisation des infrastructures existantes grâce à davantage d’intelligence et de collaboration entre les acteurs, dans un contexte où les ressources sont limitées et où le déploiement de nouvelles infrastructures nécessite du temps. »

Cette vision illustre parfaitement l’esprit de SCOPE : faire de la flexibilité un outil de création de valeur, au service de la transition énergétique, du développement économique et de l’innovation wallonne.

Dans un paysage énergétique en pleine mutation, le projet pourrait ainsi préfigurer une nouvelle génération de réseaux électriques plus intelligents, plus collaboratifs et plus résilients.